mercredi 11 juin 2014

17/ La Vénus de Willendorf


L’homme créa la putain à son image. 
Et la putain est à l’image de l’homme. 
Pour la putain, la putain n’existe pas. 
L’homme dresse la table de la  putain  
En jetant sur elle 
Un linceul.

p. 130 Un après-midi, j’étais sorti prendre quelques photographies dans le quartier des Halles, une femme épaisse m’attrapa par le bras et me dit les mots habituels. Je lui répondis que je cherchais à prendre des photos. Elle me proposa de monter avec elle pour la photographier à condition que l’on ne voie pas son visage. Je l’ai suivie. L’air gris de la chambre sur cour était saturé par une odeur de transpiration et de sperme. Sur la table de nuit, une assiette débordait d’emballages argentés vidés de leurs préservatifs. Elle sortit d’un tiroir des photos en quantité, qui la représentaient nue avec un loup sur le visage. Elle s’assit sur un fauteuil d’osier, cacha son visage de la main et écarta les cuisses. Elle me dit : « Fais vite, pas plus de dix photos. » Elle retira sa jupe, enleva son soutien-gorge qui libéra des seins exténués. Une longue césarienne verticale parcourait son ventre. Qui dira pourquoi tant de césariennes engravent le ventre des putains ? L’enfant aura évité le couloir sombre de sa mère où tant de coups de boutoir se sont succédé, de soubresauts en tétanies. 


Elle est debout, un pied posé sur le fauteuil. Ses formes sont celles de la Vénus de Willendorf. La paume de sa main dirigée vers moi cache son visage. Ses doigts potelés sont étranglés par des bagues qu’elle ne peut sans doute plus enlever. Deux colliers courts entourent son cou. Un parapluie accroché derrière elle à hauteur de tête dessine des courbes entre les baleines. Elles se confondent avec ses cheveux noirs et forment les pointes d’une couronne sombre.

Vénus de Willendorf
Représentation datant du paléolithique (25.000 ans avant J.C)


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